Nos Marches et la littérature
Roger Golard
Nos Marches militaires et folkloriques constituent un phénomène dont l'inpact se répercute sur la vie sociale et culturelle de notre région. C'est ainsi qu'elles ont insoiré bon nombre d'artistes: peintres, sculpteurs et écrivains. C'est de ces derniers que je désire vous entretenir, qu'ils soient connus ou inconnus, qu'ils appartiennent à la "grande" littérature ou pas, qu'ils écrivent en prose ou en vers, en français ou en wallon.

A tout seigneur, tout honneur !!

Maurice Des Ombiaux , enfant adoptif de la Thudinie, le "Prince des Conteurs Wallons" place des Marcheurs dans plusieiurs de ses ouvrages : "L'Ornement des Mois" paru en 1910, "Le joyau de la Mitre" en 1930, "Le Coq d'Aousse" en 1931 et "Io-Iè, bec-de-lièvre":
"L'uniforme a métamorphosé ces petits bourgeois, d'ordinaire peu solennels; l'esprit militaire s'est emparé d'eux. Il faut voir les attitudes dédaigneuses qu'ils savent se donner. Vous diriez des lascars recuits aux feux de toutes les guerres".

Auparavant, Camille Lemonier dans "La Belgique" s'intéresse aux Marches de Walcourt et de Fosses tandis que Jules Sottiaux décrit nos défilés dans "Histoire de Montigny-le-Tilleul" et " L'Ame des Nôtres", de même que dans "L'illustre Bézuquet en Wallonie". Ce dernier, pharmacien de Tarascon, visite notre pays et veut suivre la route de Philippeville où Napoléon est passé:
"Bézuquet rencontra bientôt une petite troupe hétéroclite dont les parements d'or et les armes scintillaient. C'était quatre sapeurs à barbe grise, armés de haches, suivis d'un peloton de grenadiers en bonnet d'ourson, et d'une compagnie de turcos en culottes écarlates, larges comme des jupes , avec la vareuse bleue et la chécia rouge à floche d'azur ".

Albert Jacquemin décrit longuement les Marches de Thuin et de Walcourt dans son livre "Terres et Gens de Wallonie", tandis qu'en 1949, Maurice Gauchez parle des processions-marches militaires qui ont fait à l'Entre-Sambte-et-Meuse une réputation toute particulière.

Dés 1974, Marguerite Yourcenar, la première femme reçue à l'Académie Française, publie ses "Souvenirs Pieux", et notamment ceux relatifs aux séjours qu'elle fit au châtezau d'Acoz, chez ses cousins Pirmez. Elle place ses souvenirs dans la tête de Fernande, qui voit " les marcheurs en uniformes de fantaisie, qu'ils se sont confectionnés eux-mêmes et dont bigarrure rappelle les différentes armées qui ont passé sur ce coin de terre".
De son château, Octave Pirmez a entretenu une correspondance avec son ami José de Coppin. Marcel Nihoul, président du cercle d'histoire "Le vieux Châtelet", nous présentera, dans le prochain bulletin, un extrait de lettre où l'écrivain parle de la Sainte-Rolende.
Plus près de nous, Roger Foulon est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Thudinien de souche, il fait figurer la Saint-Roch en bonne place dans "L'espérance abolie". La Sainte-Anne de Silenrieux et la Marche de Boussu-lez-Walcourt sont présentes dans "Barrages".
"Le Marcheur" a publié récemment deux de ses nouvelles: "Le Sapeur ou l'histoire de Pierre Leleux" et " Le Tambour ou le parcours de Philibert Donat". Notre revue a publié aussi les "Confidences d'une vieille cantinière à son nouveau curé". Ce nouveau curé est l'abbé Max Vilain; romancier et membre des artistes de Thudinie, il est l'auteur du "Bloc-Notes d'un Bourkî". C'est aussi à la Saint-Roch du Bourk que Pol Erève assiste et où sapeurs, tapins, mousquetaires, poilus, zouaves défilent avant de prendre part à la retraite aux flambeaux.
Récement, je suis tombé sur un roman de Rodolphe Parmentier. Intitulé "Les Cornes de Clocheville", il a pour décor Walcourt au moment de la trinité.
Jules Sottiaux qui rend hommage à sainte Rolende et à Notre-Dame : "Et lorsque vient la trinité, son fin clocher clame, en liesse, dans son accent d'éternité, c'est jour de marche, c'est la kermesse".
Minou Drouet chante également Walcourt et ses Marcheurs. Quant à Paul Philippe, il observe les Marcheurs et égrène ses "Litanies Wallonnes": " Au beau pays de Sambre-et-Meuse, de pacifiques régiments, escortent le saint Sacrement ... Saintes et Saints de Sambre-et-Meuse, faites descendre vos bontés et rendez notre vie heureuse".
Dans presque tous nos villages, on trouve de ces auteurs inspirés par notre folklore. C'est le cas de Fédora, membre de l'Association Littéraire Wallonne de Charleroi et des "Scrijeus du Canton d' Tcheslet". En français, elle rend hommage aux femmes qui confectionnent entretiennent les uniformes. S'adressant plus particulièrement à Danielle Mengeot-Scieur et à Suzanne Simons-Tenret, elle remercie : "Jolies mains de fée, Vous, qui restez dans l'ombre. Petites mains piquées par les points sans nombre ... Jolis doigts engourdis, par la bure meurtris, bien peu de gens, hélas, ne penseront à vous, vous, qui êtes à la base du folklore de chez nous. Jolies mains de fée, Soyez remerciées ...."
Gilbert Anrijs de Fromiée se plaît aussi à rendre "Honneur aux femmes":
"Nobles femmes au grand coeur, faites de sacrifices, vous soutenez nos marches, avec toute votre ardeur, sans y évoluer, vous êtes nos bienfaitrices, nous le clamons bien haut, qu'il vous soit fait honneur ".
Georges Cerfaux de Châtelet s'adresse à la cantinière qui se marie:
"Et vous, Madame, versez,à votre glorieux époux, cette goutte réconfortante de la gentille cantinière, goutte d'amour, goutte bénie dans les heures amères ".
Pour Albert Libert de Leernes: "Les Wallons sont Marcheurs, à tous crins, à tous coups, Ils arrivent de partout ..."
François Guillaume de Charleroi, parle des "Relèves", bien nécessaires chez les Marcheurs tout autant que chez les Gilles. Il conclut:
"Et par un engouement se poursuivant sans trêve, facile à déceler chez les manifestants, on peut pronostiquer que, grâce à leur relève, ces temoins du passé subsisteront longtemps".
Pierre-Jean Foulon est un "tamboury". Avec "Les Cadences", il nous fait part de ses états d'âme:
" Voici que vient le temps du rêve, des rigodons battus sur la peau de nos chèvres. La ville hèle ses gens, le feu bondit sur ses murailles, le vin s'anime dans les corps, le s'agite sous les termpes. Le saint dévoile ses bubons et nous rappelle sa douleur ".
Le major Leclercq de Châtelineau dédie son poème aux jeunes Marcheurs, "Les Poupées":
"Oh! Petit soldat d'une journée, tu ressembles à une poupée articulée, vraiment dans le rayon du soleil, a nos yeux tu sembles une merveille".
Yves Carlier, venu de Paris marcher à Acoz et à Gougnies, nous livre ses "Souvenirs d'une Marche":
"Qui n'a jamais marché dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, et n'a vu couler ces flots de Chimay et de gueuze;
Qui n'a pas vécu cette camaraderie, ni ne s'est mêlé à la belle confrérie des Marcheurs, haute en couleurs, fière et forte en gueule,
Ou le nouveau que j'étais n'est pas resté seul. Accueillante et joyeuse, gaie, plaisante et gironde; Celui-là ne peut pas dire : Je connais tout du monde !
"
C'est la Saint-Pierre, à Villers-deux-Eglises, qui inspire Sylvie Bourtembourg quand elle écrit: "La procession a honoré saint Pierre, nos Marcheurs partent alors pour le Grand Tour. Alignés et fringants, ils sont tous fiers, pour certains Marcher est un amour".
Roland Marchal posséde cet amour des Marches et de la poèsie qu'il n'hésite pas à exprimer lors des inaugurations officielles. A propos du "Monument des Marcheurs de Fromiée", il déclarait: "Construit par des mains bénévoles, il rend le temps moins frivole; de ceux qui perpétuent les traditions, il immortalise le souvenir des générations".
En 1999, Jean-Pol Lorge dédie à sainte Rolende un poème, que l'émotion et la ferveur lui ont inspiré lors des festivités du 400éme anniversaire de la châsse:
"De la folie douce de certains, jaillit un jour l'idée d'un festin. Un festin de gloire, de lumière et de son. Un récit d'histoires, de guerres et de chansons...
et sur les chemins de Rolende, par dix, vingt ou trente, nous étions beaux, nous étions grands, nous étions simplement ses enfants
".
Au cours de l'an 2000, Robert Hunin rappelle que la paroisse de Walcourt fête le 125ème anniversaire du couronnement de la statue de Notre-Dame, et écrit:
"Les pelotons graves, majestueux, s'avancent. Ensorcelés par l'irrésistible cadence. Armes au bras, sabres au clair, chevaux fringants, uniformes chamarés sur pantalons blancs, ondoyants panaches, guêtres immaculées, rendent les honneurs à leur Dame vénérée".

Mais tout renaîtra car une Marche est un éternel retour. C'est la conviction que Nathalie Leloir de Tarcienne exprime dans sa "Prière de la Tradition":
"Homme !
Je suis la renaissance du passé.
Je suis signe de fête et de gaité.
Je suis l'événement que tu attends.
Je suis un éternel retour.
Ecoute ma prière.
Laisse-moi vivre pour que les batteries et la musique te réveillent aux jours tant attendus.
Laisse-moi vivre pour qu'enfants, parents et grands-parents se réunissent.
Laisse-moi vivre pour que mes couleurs illuminent ton village.
Je suis la culture et la richesse de ta région
".

Je voudaris encore citer quelques poèmes où les auteurs célèbrent leur Marche:
  • Gerpinnes, la Gauloise de A. Gilain
  • La Marche de sainte Rolende de R.L. Colin
  • La Saint-Pierre à Morialmé de Hello
  • Au soir de la fête à Loverval de Jean-François Tellier
  • Notre-Dame de la Brouffe à Marienbourg de Francis Sainte, président la la Marche de Roly. C'est aussi un de ses textes que Claudine Mahy chante: "Roly, la Belle".

  • Je ne dois pas oublier Jean Van Ruyskenvelde qui signe du pseudonyme "JIV". Il écrit de nombreux sonnets parus dans " Le courrier de Philippeville " , il évoque presque toutes les Marches.
    Je parlerais des auteurs Wallons dans un bulletin prochain, car ils sont encore plus nombreux que les précédents. Je n'ai pas retenu les compositions qui ont donné naissance à des chansons de Marche, ces dernières pourraient aussi faire l'object d'un prochain article.

    Roger Gollard - Marcheur N°172 - Juin 2004



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